L’INSEE vient de faire paraître sa note de conjoncture en mars 2026.
Une note d’une centaine de pages qui étudie aussi bien l’activité économique, que les échanges extérieurs, l’emploi, les résultats des entreprises et leurs investissements, mais également le chômage, les prix à la consommation, les salaires ou encore la consommation.
La dernière note de conjoncture de l’Insee décrit un scénario en deux temps : une résistance inattendue face aux tensions commerciales, suivie d’un choc énergétique majeur qui ravive l’inflation et fragilise la reprise.
D’après l’étude INSEE, la reprise économique européenne amorcée en 2025 pourrait donc être de courte durée. Le regain brutal des prix de l’énergie lié aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient ravive l’inflation et fragilise une croissance déjà hésitante. La France n’échappe pas à cette nouvelle onde de choc, même si elle conserve quelques atouts.
Un choc pétrolier qui change la donne
Après une année 2025 globalement résiliente malgré des vents contraires persistants, l’économie mondiale est confrontée à un retournement brutal. La flambée des cours du pétrole, désormais proche de 100 dollars le baril contre 63 dollars fin 2025, devrait faire remonter l’inflation au-delà de 3 % d’ici l’été dans les grandes économies.
Pour la zone euro, fortement dépendante des importations d’hydrocarbures, le choc est significatif : il représenterait une ponction supérieure à 0,5 point de PIB s’il devait durer. La dynamique de reprise enclenchée grâce aux baisses de taux de la Banque centrale européenne se trouve ainsi menacée.
À court terme, l’activité résiste encore. La croissance resterait positive au premier semestre 2026 (+0,3 % puis +0,2 % par trimestre), soutenue par l’investissement et certains stimuli budgétaires, notamment en Allemagne. Mais le ralentissement de la consommation apparaît inévitable.
Une France plus résistante, mais vulnérable
Dans ce contexte, l’économie française fait preuve d’une relative robustesse. En 2025, la croissance a atteint 0,9 %, proche de celle de 2024. Elle bénéficierait encore de la reprise européenne en début d’année 2026, avec un acquis de croissance de 0,9 % à mi-année.
Cette résistance repose en partie sur des spécificités nationales. Le commerce extérieur, traditionnel point faible, devient un soutien grâce au positionnement sectoriel français — aéronautique, luxe, tourisme — et à une moindre exposition au marché américain. La désinflation plus marquée qu’ailleurs en Europe a également amélioré la compétitivité-prix.
Mais ces atouts ne suffisent pas à compenser certaines fragilités. La demande intérieure reste atone : les ménages, prudents, maintiennent un taux d’épargne élevé (plus de 18 %), tandis que les entreprises hésitent à investir.
Pouvoir d’achat en berne, consommation sous tension
Le principal canal de transmission du choc énergétique passe par le pouvoir d’achat. En France, l’inflation, tombée à 0,9 % en février, repartirait nettement à la hausse pour dépasser 2 % au printemps.
Cette remontée reste pour l’instant concentrée sur l’énergie — carburants et chauffage — mais elle suffira à peser sur les revenus réels. Les salaires nominaux demeurant peu dynamiques, le pouvoir d’achat reculerait légèrement (-0,2 % en acquis à mi-année).
Dans un premier temps, les ménages amortiraient le choc en puisant dans leur épargne. Mais dès le printemps, ils devraient ajuster leurs dépenses, notamment dans les services (restauration, transport). La consommation progresserait à un rythme très modéré (+0,1 % au premier trimestre, +0,2 % au second).
Une croissance tirée par l’extérieur
Dans ce contexte, la croissance française repose de plus en plus sur des moteurs externes. Les exportations, après un creux temporaire en début d’année, repartiraient au printemps, portées notamment par l’aéronautique. Leur acquis de croissance atteindrait déjà +1,9 % à mi-2026.
À l’inverse, le soutien public s’atténue. Le resserrement budgétaire et le cycle électoral local pèsent sur la dépense publique, qui contribuait fortement à la croissance ces dernières années.
L’investissement des entreprises reste hésitant mais pourrait rebondir légèrement au printemps, tandis que les marges sont temporairement préservées par la baisse des salaires réels et un regain de productivité.
Un marché du travail qui se dégrade
Le point noir demeure l’emploi. Contrairement à ses voisins européens, la France voit son marché du travail se détériorer. Après 60 000 destructions d’emplois salariés privés en 2025, 22 000 supplémentaires sont attendues d’ici mi-2026.
Le taux de chômage continuerait de progresser pour atteindre 8,1 %. La hausse de la population active, liée notamment à la réforme des retraites, accentue cette pression.
Par ailleurs, la dynamique de l’emploi non salarié, portée par les micro-entreprises, ne compense qu’en partie ces pertes, en raison de revenus plus faibles.
L’ombre des risques géopolitiques
L’évolution de la conjoncture dépendra largement du scénario géopolitique. L’hypothèse centrale repose sur un maintien des prix du pétrole autour de 100 dollars jusqu’à l’été.
Un apaisement rapide ferait retomber les prix et relancerait la reprise européenne. À l’inverse, une intensification du conflit — notamment en cas d’atteinte aux capacités de production du Golfe — pourrait provoquer un choc plus sévère, amplifiant la pression inflationniste et freinant davantage l’activité.
Au-delà de l’énergie, des perturbations du commerce mondial ou des ruptures d’approvisionnement ne sont pas exclues.
Une reprise fragile
Au total, l’économie française aborde 2026 dans une situation paradoxale : une croissance qui résiste à court terme, mais dont les fondements restent fragiles.
La combinaison d’un choc énergétique, d’un pouvoir d’achat contraint et d’un marché du travail dégradé dessine une trajectoire incertaine. L’étude entrevoit une reprise, mais elle avancerait sur une ligne de crête.